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Interview
diffusées pendant le débat
Première
interview
Christina
Arrigoni, Juriste, Groupe Sida Genève
En
tant que responsable du secteur juridique de l’association
Groupe Sida Genève, j’ai plusieurs exemples de violation
du secret médical. Le premier concerne une cliente qui travaille
depuis plusieurs années dans le domaine du spectacle. C’est
une organisatrice d’évènements musicaux. Elle
avait mis au courant son employeur de sa séropositivité.
Donc, elle était en toute transparence par rapport à
son état de santé qui était bon. Mais, à
quelques semaines d’une première, elle est malheureusement
tombée malade Elle a été en arrêt maladie
et hospitalisée. Mais elle n’avait pas dit à
son employeur de quoi il s’agissait. Il n’avait donc
aucune information sur cette incapacité de travail. Et, se
faisant probablement du souci – on suppose toujours que c’est
dans un souhait de se renseigner de l’état de santé
– l’employeur a pris contact avec le service où
cette personne était hospitalisée. Il a posé
des questions au médecin interne sur la situation de la patiente,
pour savoir si elle pouvait revenir travailler et s’il y avait
des risques pour son entourage. Et il y a eu des informations qui
ont été données sur l’état de
santé de cette personne : le pronostic, et si c’était
indiqué que cette personne assiste notamment à cette
première. Parce que c’était ça le souci.
Elle avait exprimé le souhait, auprès de son employeur,
d’être à la première, parce qu’elle
avait organisé cet évènement. Ces informations
ont été données, sans demander à aucun
moment à la patiente, si elle souhaitait que son employeur
soit mis au courant. Et la suite de cette histoire est assez triste.
D’une part, elle a été interdite d’accès
à la salle parce que l’employeur a considéré
qu’elle constituait un danger pour le public, alors que le
médecin avait peut-être émis des réserves
pour sa sortie, mais avait précisé qu’elle n’était
plus contagieuse. Et par la suite, elle a perdu son emploi. Donc,
il y a eu un licenciement. Maintenant, c’est toujours difficile
d’apporter la preuve que ça soit en lien avec l’état
de santé de la personne. Mais après plusieurs années
d’engagement et des relations de travail harmonieuses, on
peut imaginer que peut-être le souci qu’elle ne soit
plus à même d’assumer son travail, et qu’elle
devienne peut-être « dangereuse » pour l’entourage
professionnel, a amené à ce licenciement. L’autre
cas concerne un monsieur qui était séropositif depuis
plusieurs années et qui a eu une intervention chirurgicale
assez délicate. Au moment de sa sortie, le médecin
traitant a souhaité que des soins à domicile soient
mis en place pour notamment l’aider à changer le pansement
qu’il avait au moment de sa sortie d’hôpital et
qui était à un endroit inaccessible pour lui. Et comme
il vivait seul, la seule possibilité était effectivement
de mettre en place une aide à domicile. L’infirmière
qui devait coordonner la sortie et la mise en place de cette aide
a pensé envoyer par fax les informations médicales
concernant ce monsieur directement au service d’aide à
domicile. Et elle a donné des informations inutiles au soin
en question, qui consistait vraiment simplement à changer
un sparadrap. Dans ce fax apparaissait toute l’anamnèse
de la personne, l’historique, les différentes affections
médicales qu’elle avait eues dans le passé,
et plus particulièrement une ancienne toxicomanie et un diagnostic
de borderline qui avait été émis il y a plusieurs
années. Cela a été très choquant pour
cette personne qui a été mise au courant par la personne
qui lui prodiguait les soins. Ce qu’il faut dire, c’est
que dans le domaine de la violation, notamment du secret médical,
une fois que l’information est transmise, on ne rattrape pas.
Passer par des voies judiciaires, ça n’arrange rien.
Je dirais que la blessure que la personne peut ressentir, l’impression
de se sentir violée dans sa sphère privée,
la perte de confiance qu’elle peut avoir à l’égard,
soit du médecin, soit de son assistant social, elle est consciente
qu’elle ne va pas la rattraper en empruntant une voie judiciaire.
D’autant plus que ce sont des voies longues, des confrontations
difficiles. La plupart des fois, je dirais même qu’aucune
de ces situations n’a été menée devant
la justice.
SR
: Ce qui frappe dans vos exemples, c’est que souvent les gens
le font presque par négligence. Ils ne sont pas conscients
des risques et des dangers ?
Tout
à fait. Je crois que les données médicales
sont des données tellement sensibles, que la vigilance devrait
être de chaque instant. Comme je le disais tout à l’heure,
une fois qu’on a transmis ce genre d’informations, on
ne peut plus revenir en arrière. Malheureusement, dans une
pratique quotidienne, c’est normal qu’on ne puisse pas
tout le temps être attentif. Normal n’est peut-être
pas le bon mot, mais c’est vrai que les médecins, les
pharmaciens, les assistants sociaux travaillent dans l’urgence.
On travaille souvent sous pression, alors certaines fois on pense
aussi bien faire, on passe outre. Mais c’est vrai que c’est
malheureux, parce qu’encore une fois, les conséquences
ne peuvent pas être rattrapées. Donc, pour des données
aussi sensibles que les données médicales, il faudrait
que la vigilance soit de tous les instants, que peut-être
la formation de ce personnel soit plus régulière,
qu’on puisse leur donner les moyens d’être attentifs.
Second
interview
Dr
André Assimacopoulos, médecin et informaticien, spécialiste
de l’analyse des données et de la planification des
systèmes de santé, Genève
Si
on résume de façon abrupte, on a créé
le secret médical pour que les gens qui ont des maladies
indicibles acceptent de se faire soigner. C’est une volonté
de santé publique. Au même niveau, de la santé
publique, on a besoin de données parce que, surtout actuellement
le système de santé explose dans ses dépenses.
Il faut pouvoir contrôler. Alors chacun part du point de vue
que sa préoccupation est plus importante, et l’autre
doit céder. Mais en fait, elles sont de même niveau.
SR
: Est-ce que TarMed, le nouveau système de tarification médicale
introduit en janvier 2004, est la solution ?
On
a mis en place un mécanisme extraordinairement détaillé
avec ses 4'600 positions qui permettent de donner le détail
de chacune des prestations. Chacune des positions donne une masse
d’informations très détaillées sur le
geste. Est-ce que c’est une intervention diagnostique ? Est-ce
que c’est une intervention thérapeutique ? Est-ce que
c’est un geste chirurgical ? Si on prend, par exemple, le
frottis de dépistage gynécologique des dames, on a
deux positions tarifaires. Une pour le frottis négatif, et
une pour le frottis positif ou suspect. Sur un plan tarifaire, c’est
tout à fait juste. Parce que le frottis positif et suspect
coûte plus cher. Le laboratoire ou le médecin cytologiste
qui fait l’examen doit faire des contrôles. Donc il
veut être rémunéré plus. Mais en même
temps, qu’est-ce qu’on transmet comme information !
Qui va bien au-delà de ce qu’on admet habituellement
pour une facture.
SR
: Alors, qu’est-ce qu’on peut faire ?
Alors
là, je trouve que c’est toujours le problème.
Quand on a deux éléments de même niveau et qu’on
ne peut pas conjuguer, une des stratégies consiste à
mettre en place des outils de cryptage et de la technologie pour,
au fond, séparer les données. Pour bien séparer
chaque information du but qu’elle poursuit et de la transmettre
aux personnes qui en ont besoin. Et là, une des pistes pourrait
être de séparer la facture en deux parties. D’avoir
une facture avec le nom du patient, le montant des honoraires, et
c’est tout. Et puis, un deuxième document, sans le
nom du patient, avec la liste de toutes les positions tarifaires,
tous les détails qui pourraient être jugés utiles
pour le contrôle économique du traitement. Et ces deux
documents sont séparés. Les documents vont chez le
patient, si on est en système de tiers garant. Quand le patient
les a reçus, s’il veut se faire rembourser par son
assurance, il envoie le document nominatif, avec son nom et le montant.
Sur les deux documents, il y a un numéro de code qui permet
de coupler les deux éléments. En même temps,
le cabinet médical envoie le document détaillé
avec le numéro de code à une centrale statistique.
Et puis lorsque l’assurance reçoit la facture, elle
veut savoir si elle peut la payer. Elle interroge la centrale statistique
qui analyse les factures et qui peut avec le lien avec les autres
factures du patient, sans savoir qui il est, mais avec ce couplage
anonyme, retrouver les antécédents et répondre
: « Oui, c’est en ordre, vous pouvez payer la facture
», ou bien : « On vous conseille de soumettre la cas
à votre médecin conseil pour les raisons suivantes
». Un rapport détaillé devrait alors être
adressé par la centrale statistique au médecin conseil
qui, lui, peut se prononcer puisqu’il est tenu au secret médical.
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